Les lauréats des Prix des Mémoires de l’ESS 2025 – catégorie Prix Tremplin-Recherche

Article rédigé par Christian HOTOU, membre du jury des Prix des Mémoires de l’ESS

Marie-Hélène NOUGARET, étudiante dans le Master 2 GRH ESS à l’Université d’Aix-Marseille, a obtenu le Prix Tremplin Recherche. Décerné par l’ADDES – Association pour le Développement des Données de l’Économie Sociale -, ce prix vient récompensé son mémoire de fin d’étude, intitulé « En quoi l’holacratie est-elle un modèle de gouvernance pertinent pour les organisations de l’ESS ? L’exemple d’un écosystème coopératif SCOP/SCIC. » Avec ce mémoire, Marie-Hélène NOUGARET interroge un sujet très concret pour l’ESS, à savoir comment partager le pouvoir, organiser les responsabilités et décider collectivement sans perdre en clarté, en efficacité ni en qualité humaine ?

Résumé du mémoire

Ce mémoire explore l’holacratie, un modèle de gouvernance encore peu étudié dans l’économie sociale et solidaire. L’holacratie promet une organisation plus souple, moins verticale et davantage fondée sur des rôles clairement définis. Elle repose aussi sur l’idée que les tensions du quotidien peuvent devenir des occasions d’amélioration, à condition d’être exprimées et traitées dans des espaces adaptés.

La problématique posée est donc essentielle : l’holacratie peut-elle réellement constituer un modèle de gouvernance pertinent pour les organisations de l’ESS ? Pour y répondre, l’autrice s’appuie sur une étude de cas menée dans un écosystème coopératif composé d’une SCOP et d’une SCIC, anonymisées sous les noms de « Licorne » et « Laboratoire ». Ce terrain est particulièrement intéressant, car il combine projet coopératif, tiers-lieu, intelligence collective, transition numérique, transition écologique et expérimentation de nouvelles formes d’organisation.

La méthode repose sur une approche qualitative : immersion dans l’organisation, observation de l’intérieur, analyse de documents, échanges informels et une vingtaine d’entretiens semi-directifs. Cette démarche permet de comprendre à la fois les règles affichées, les pratiques réelles, les ressentis des salariés, les tensions internes et les limites du modèle.

Le résultat est nuancé. L’holacratie peut aider à clarifier les rôles, à responsabiliser les personnes et à mieux organiser le travail collectif. Mais elle ne suffit pas à garantir une gouvernance démocratique. Si l’information circule mal, si les décisions stratégiques restent concentrées ou si certains pouvoirs demeurent implicites, le modèle peut produire de la confusion et de la frustration. Le mémoire montre donc que l’holacratie n’est pas une solution miracle. Elle devient pertinente seulement si elle reste au service des valeurs de l’ESS : coopération, transparence, participation réelle et confiance collective.

Intérêt pour l’ESS aujourd’hui

Ce sujet est stratégique pour l’ESS, car de nombreuses organisations cherchent aujourd’hui à concilier démocratie interne, efficacité économique et engagement social. Les associations, coopératives, mutuelles et SCIC veulent souvent fonctionner autrement, mais elles doivent aussi gérer des équipes, répondre à des financeurs, prendre des décisions rapides et assurer leur équilibre économique.

Le mémoire montre que la gouvernance ne se limite pas aux statuts ou à l’organigramme. Elle touche directement au pouvoir, à la circulation de l’information, à la confiance et à la place donnée à chacun dans l’organisation.

C’est ici que le lien avec la gouvernance polycentrique devient important. Pour l’ESS, l’enjeu n’est pas seulement de remplacer une organisation verticale par une organisation horizontale. Il s’agit plutôt de reconnaître plusieurs centres de décision : salariés, associés, instances élues, cercles de travail, partenaires, usagers ou acteurs du territoire. Chacun peut agir à son niveau, mais à condition que les responsabilités soient reliées entre elles par des règles claires, une information partagée et des mécanismes de coopération.

La gouvernance polycentrique permet donc d’aller plus loin que la simple répartition des rôles. Elle invite à construire une organisation où plusieurs espaces de pouvoir coexistent, se complètent et se contrôlent mutuellement. Cette approche correspond bien à l’ambition de l’ESS : faire vivre une démocratie concrète, non seulement dans les principes, mais aussi dans les pratiques quotidiennes.

Apports concrets pour les professionnels

Ce mémoire offre plusieurs enseignements utiles aux professionnels de l’ESS qui souhaitent faire évoluer leur gouvernance ou mettre en place une organisation plus partagée.

Enseignement clé n°1 : clarifier les rôles ne suffit pas.

L’holacratie peut aider à mieux répartir les missions et les responsabilités. Mais il faut aussi clarifier les lieux de décision, les espaces de débat, les règles de contrôle et les limites de chaque rôle. Sinon, l’organisation peut donner une impression d’autonomie tout en laissant subsister des pouvoirs informels.

Enseignement clé n°2 : la transparence est indispensable.

Dans une gouvernance partagée ou polycentrique, l’information doit circuler clairement. Les salariés et les associés doivent comprendre les décisions, les contraintes économiques, les tensions internes et les choix stratégiques. Sans cette transparence, la confiance se fragilise.

Enseignement clé n°3 : une gouvernance innovante doit rester accessible.

Les outils de gouvernance peuvent devenir trop complexes, avec un vocabulaire difficile ou des rituels peu lisibles. Pour rester fidèle à l’esprit de l’ESS, une gouvernance doit être expliquée, accompagnée et régulièrement réinterrogée avec celles et ceux qui la vivent.

Enseignement clé n°4 : plusieurs centres de décision doivent être articulés.

La gouvernance polycentrique rappelle qu’il ne suffit pas de multiplier les cercles ou les espaces de parole. Il faut aussi organiser les liens entre eux. Chaque centre de décision doit savoir ce qu’il peut décider, avec qui il doit coopérer et à qui il doit rendre compte.

Au fond, ce mémoire rappelle que la gouvernance n’est pas seulement une méthode de management. C’est une culture collective. Elle se construit dans le temps, avec de la pédagogie, de la confiance et une vraie attention aux personnes.

Ce mémoire invite les acteurs de l’ESS à expérimenter de nouvelles formes de gouvernance, sans perdre de vue leur finalité démocratique. L’holacratie ouvre une piste intéressante, mais la gouvernance polycentrique permet d’aller plus loin : penser plusieurs centres de décision, mieux reliés, plus transparents et capables de faire vivre une démocratie quotidienne.

Pour en savoir plus, consultez le mémoire en ligne sur le site des Prix des Mémoires de l’ESS :

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