Double lauréate du Prix des mémoires de l’ESS 2026 du CJDES, dans les catégories « M2 Formation initiale » et « Prix Coup de Cœur des Internautes », Marie Capelle a depuis été diplômée du Master AUDIT – aménagement, urbanisme, diagnostic et intervention sur les territoires – de l’Université Rennes 2. Son mémoire de fin d’étude s’intitule : « Faciliter l’accès à l’immobilier locatif pour les acteurs associatifs de l’économie sociale et solidaire : l’intervention des entreprises publiques locales ».
L’accès à un local d’activité, enjeu majeur pour les acteurs de l’ESS
Marie Capelle aborde un enjeu clé de toute création et développement d’une structure, quoique souvent laissé de côté, peut-être parce qu’il est vu comme un simple détail logistique : l’accès à des locaux pour les acteurs de l’ESS, et plus particulièrement les associations.
Le système actuel « entraînant la spéculation foncière, la standardisation des biens et la raréfaction des locaux » ne permet pas de répondre aux besoins des acteurs de l’ESS « dont le modèle socio-économique ne s’inscrit pas dans les dynamiques classiques de marché ». Or « [l]’accès à un local d’activité est un outil majeur du développement et de la pérennisation des activités de l’ESS ». Et l’analyse de Marie Capelle montre que les collectivités territoriales ont un rôle à jouer : elles sont en effet compétentes en matière de foncier et disposent d’outils opérationnels, tels que les entreprises publiques locales (Epl). Le mémoire explore ainsi la pertinence et la possibilité de mobiliser les Epl (sociétés d’économie mixte ou sociétés publiques locales) pour constituer une réponse collective et coordonnée à cet enjeu immobilier des acteurs associatifs de l’ESS.
Mobiliser les Epl : des pistes concrètes pour faciliter l’accès à des locaux
Le travail a été réalisé dans le cadre d’un stage au sein de la société d’économie mixte (SEM) Paris Commerces. Créée en 2004, la SEM Paris Commerces est « le plus ancien opérateur public local dédié à la redynamisation commerciale des centres-villes ». La méthodologie a combiné des recherches bibliographiques, huit entretiens, un échange autour de la thèse de Fanny Cottet (Construire un modèle foncier et immobilier solidaire pour les tiers-lieux, une réponse à l’institutionnalisation ?) et un atelier sur l’encadrement des prix de cession et de loyer en opération neuve, organisé par Est Ensemble.
Il apparaît clairement que l’implication des Epl peut constituer une solution pertinente pour accompagner les acteurs associatifs de l’ESS dans l’accès à l’immobilier. En effet, les Epl sont présentes sur « l’ensemble de la chaîne de compétences de la maîtrise immobilière ». D’autre part, elles sont à l’intersection entre les intérêts du public et ceux du privé. Elles sont ainsi amenées à jouer un rôle facilitateur pour la coopération entre les différentes parties prenantes.
La construction d’une réponse sur-mesure via les Epl implique toutefois une coopération rapprochée des différents acteurs, et un soutien politique fort assorti d’une bonne connaissance du champ de l’ESS. En outre, pour assurer la viabilité des projets immobiliers, la réponse apportée doit anticiper l’évolution des marchés, diversifier les sources de financement et adapter l’offre aux besoins des acteurs de l’ESS.
Quels enseignements pour l’ESS aujourd’hui ?
Des leviers existent pour faciliter la coopération entre Epl et ESS : politiques publiques volontaristes, renforcement de la coopération, sécurisation des montages financiers.
Plusieurs cas d’étude montrent la pertinence de l’implication des Epl : urbanisme transitoire comme au Solilab à Nantes, opérations immobilières neuves telles que le Quadri à Rennes ou de réhabilitation comme le Château de Nanterre, ou encore politiques territoriales de maîtrise immobilière telles que celle de la Ville de Paris. Pour chaque cas, facteurs de réussite et points de vigilance sont clairement identifiés et directement mobilisables par les professionnels de l’ESS.
Ces apports sont structurants tant pour les structures de l’ESS en train de se lancer que celles en phase de développement. Des solutions existent ; elles nécessitent d’être ajustée au cas par cas, selon les besoins et l’écosystème d’acteurs locaux. Pour assurer leur viabilité – et par là-même la pérennisation de services essentiels –, un soutien renforcé à l’ESS de la part des pouvoirs publics est cependant indispensable.
Pour lire le mémoire, rendez-vous sur le site des Prix des mémoires de l’ESS.
Par Lucie Bonpain, membre du jury des PMESS 2025

